GENÈVE, 19 - 22 SEPTEMBRE 2001

Plénière 2

Identités sociales, justice et responsabilité

Toute transformation profonde des frontières et des relations entre les genres, les générations, les classes ou les régions pose de manière aiguë la question de la "juste" répartition des droits, privilèges bénéfices - ou réciproquement celle des devoirs et des sanctions - entre les acteurs concernés. Qui a droit à quoi ? Et, réciproquement, qui peut être dit responsable de quoi ?

Ce thème de la justice - au vu des transformations identitaires intervenues ces trente dernières années - a en conséquence pris une acuité considérable tant dans les mentalités populaires que dans les théories sociales. Nombre d'essais théoriques et d'observations empiriques ont alors cherché à montrer comment se construit ce sentiment de justice, et dans quelles images ou principes il se concrétise. A cet égard, divers genres ou philosophies populaires de la justice ont été distingués. Les uns définissent le juste par la libre expression des volontés, d'autres le font équivaloir à la recherche d'un bien commun supérieur, d'autres encore veulent rapprocher le juste de la comptabilité des mérites.

Mais ces images traduisent-elles un simple équilibre « objectif » entre les prestations échangées ou les dommages commis, ou reflètent-elles plutôt un processus relativement conflictuel de définitions de la situation et de négociation de significations? De nombreux arguments et données militent plutôt pour cette deuxième perspective, dans laquelle les sentiments de justice et de responsabilité apparaissent comme le produit d'une relation de pouvoir : la priorité ou la légitimité reconnue tantôt au principe de libre volonté, tantôt à celui de mérite ou encore à celui de bien commun comme critères du juste traduit l'affrontement des identités en présence et du projet relationnel qui les unit. Et réciproquement, les idéaux de justice se donnent à leur tour comme fondateurs d'identités.

C'est dire que, paradoxalement, les principes de justice se donnent à la fois comme référence régulatrice majeure et comme enjeu majeur de lutte. Reste alors à savoir si, dans les situations contemporaines, ces "images du juste" peuvent acquérir une consistance et une stabilité suffisantes pour normer, réguler, des relations et /ou pour guider des projets de changement.

Jean Kellerhals

Professeur
Jean KELLERHALS
Vice-recteur
Rectorat
Université de Genève
24, rue Général-Dufour
1211 Genève 4
Jean.Kellerhals@socio.unige.ch

Socio.01
Département de Sociologie, Université de Genève
Bd du Pont-d'Arve 40, 1211 Genève 4
Tél. (022) 705-83-02, socio01@socio.unige.ch

Jean Kellerhals est Docteur en sociologie et diplômé en sciences économiques. Il est professeur ordinaire à la Faculté des Sciences économiques et sociales de l'Université de Genève.

Ses travaux portent surtout sur la sociologie des interactions familiales, sur les conceptions populaires du droit et de la justice ainsi que sur la sociologie des associations.

Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages ( p.ex. Mariages au quotidien, Microsociologie de la famille, Le sentiment de justice dans les relations sociales, Figures de l'équité, Les styles d'éducation dans les familles contemporaines, Solidarités familiales, etc.) et de quelque deux cents articles dans des revues et ouvrages scientifiques.

Il a été co-fondateur et premier rédacteur de la Revue suisse de sociologie. Il est membre du Comité de rédaction de l'Année sociologique, de Social Justice, des CIS,etc. Il a été professeur invité aux Universités de Grenoble,Liège, Louvain-la-Neuve, Lisbonne, Paris-V Sorbonne, Fribourg, Lausanne, Neuchâtel, etc. Il a été membre actif des Comités Famille de l'AISLF, de l' ESA, de l'ISA, etc Il est actuellement vice-recteur de l'Université de Genève.

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