

Plenumssitzung
1 : BIOTECHNOLOGIE
UND GESELLSCHAFT
De la domestication à la simulation du vivant
Le monde moderne, du point de vue biologique, a commencé avec la néolithisation puisque l'invention de l'agriculture correspond à la domestication du vivant. Bien sûr entre ces premiers essais et les études de Gregor Mendel s'écoulent plusieurs millénaires. Pourtant, si, entre l'hybridation traditionnelle et celle, moderne, de Mendel, il y a un monde, il n'y a pas de solution de continuité. La biotechnologie peut donc être considérée comme un processus commencé il y a 13.000 ans, mais qui s'accélère avec les outils fournis par la génomique et la protéomique actuelles.
La " domestication " des plantes et des animaux par hybridation connaît aujourd'hui un changement d'échelle quant aux caractères et quant au temps. L'instrumentalisation du vivant, avec l'invention de nouveaux organismes par la manipulation génétique, conduit directement à l'autodomestication de l'homme. Le déchiffrement du génome est l'équivalent de la table de Mendeleïev et dans cette perspective, on peut s'attendre à la création d'organismes vivants nouveaux, au même titre que la chimie a créé de nouvelles molécules par synthèse.
Mais les décisions qui vont présider à l'invention de nouveaux organismes vont devoir tenir compte de conditions culturelles radicalement nouvelles. D'utilisateur de la biosphère, l'homme va en devenir l'inventeur et le producteur. Ce qui relevait auparavant seulement des lois probabilistes de la génétique va désormais devoir compter avec des choix qui relèveront de la culture et donc de l'éthique. Non seulement l'homme s'autotransforme mais encore il se crée une nouvelle écologie humaine dans laquelle le hasard culturel va jouer un rôle par les choix qui seront faits.
Quelles seront les conséquences, pour la société, de cette intrusion de la culture, par le truchement de la science, dans les choix biologiques : changement des échelles de temps, modification de l'éthique, discriminations nouvelles, marchandisation accélérée, etc. ?
Claude Raffestin est né à Paris en 1936. Il a fait ses études secondaires et universitaires à Genève où il a obtenu un doctorat en sciences économiques et sociales en 1968.
Il a été nommé professeur en 1969. Il a dirigé le Département de géographie et le Centre universitaire d'écologie humaine. Il a assumé un mandat de vice-recteur 1997-2000).
On lui doit 12 ouvrages dont, entre autres, Travail espace pouvoir en (1979 en collaboration), Pour une géographie du pouvoir en (1980), La géographie de la Suisse et des Suisses (1990 en collaboration) et géopolitique et histoire (1995 en collaboration). Il a, par ailleurs, écrit plus de 200 articles scientifiques et plusieurs dizaines d'articles de presse.

Professeur Claude RAFFESTIN
Département de Géographie
Faculté des Sciences Economiques et Sociales
Université de Genève
1211 Genève 4
Claude.Raffestin@geo.unige.ch